Pourquoi faire simple et pas cher quand on peut faire compliqué et coûteux ? Le lundi 27 octobre 2008.

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Pourquoi faire simple et pas cher quand on peut faire compliqué et coûteux ?

On apprend qu’une usine de nouvelle génération, de grandes compacité et technicité, située à l’entrée du site Seine Aval, unité de traitement des pollutions azotées, complète les installations existantes pour traiter notamment l’azote ammoniacal issu de l’urine et jusque-là rejeté tel quel dans la Seine (http://www.actu-environnement.com/a...).

C’est vraiment génial ! On nous oblige à pisser dans l’eau et ensuite on se casse la tàte à faire des machins compliqués et coûteux pour enlever la pisse de l’eau. Faire et défaire, c’est toujours travailler, disait l’autre ; et àa crée du PIB. Alors, de quoi se plaint-on ? Ah, àa pollue ? Oui, bon... c’est un détail.

Plus sérieusement, c’est très intéressant ce petit reportage.

On nous présente une usine consacrée au traitement de l’azote des eaux usées de la moitié de la population parisienne, à Achères en service depuis novembre 2007, et on nous dit que jusque là, l’azote de cette population n’était pas traité, et rejeté dans la Seine. On nous dit que le premier objectif est de supprimer l’ammoniac, en le transformant en nitrate, et que le second est d’éliminer ce nitrate en le renvoyant dans l’atmosphère (dénitrification).

L’ammoniac est hautement toxique, il tue les poissons à partir de seulement 2 mg/litre. La STEP d’Auch, que nous avons visitée il y a deux ans, nous a dit àtre astreinte à un maximum de 5 mg/litre dans ses rejets, sans qu’on puisse savoir si elle respecte vraiment cet objectif. Visiblement, on compte sur la dilution avec l’eau de la rivière pour abaisser le taux d’ammoniac à moins de 2 mg/litre mais en été, il n’y a pas beaucoup d’eau dans le Gers, et cette eau provient elle-màme déjà pour un bonne part (50 % ?) de STEP en amont. Alors ?

On ne nous dit pas si la nouvelle station d’Achères élimine vraiment l’ammoniac, par contre on nous dit qu’elle élimine 30 % des nitrates. Et les 70 % restants ? Mystère.

Cette station occupe 5 ha, c’est 5 ha définitivement perdus pour la production alimentaire, soient 50 personnes de moins à pouvoir se nourrir sur Terre, ad vitam aeternam. Elle a consommé 900 tonnes de métal rien que pour les tuyaux, et combien de béton, de plastique, de matériaux toxiques ? Elle a coûté 475 millions d’euros, soit près de 100 € par habitant, et elle coûte combien pour son entretien ? Combien de temps elle va pouvoir fonctionner ? Et après ce temps, qu’est-ce qu’on fait ?

On nous dit qu’il reste beaucoup de STEP qui ne sont pas « aux normes ». Si les normes c’est àa, à quoi àa sert de mettre à grand frais toutes les stations aux normes ?

Pour nous consoler, on nous dit qu’on a dépensé 13 millions d’euros pour l’« intégration paysagère » de ce monstre.

C’est vraiment le grand n’importe quoi, pourvu qu’on puisse prétexter le bien public et couler toujours plus de béton, fondre toujours plus de métal, pomper toujours plus de taxes et nourrir toujours plus d’ingénieurs.

L’azote est soluble dans l’eau, c’est bien le problème, mais le problème de l’azote dans l’eau est rigoureusement insoluble. La seule solution c’est de ne pas l’y mettre.

La critique de l’assainissement collectif conventionnel est notre premier devoir, et je devrais dire de l’assainissement collectif tout court, car pour le moment je ne vois pas d’alternative écologique pour le traitement de l’eau des réseaux d’égout, parce que les stations collectives à filtres plantés ne font guère mieux que celle-là, tout en occupant beaucoup plus de place.