Plaidoyer pour les toilettes à  compost Par : Pierre Besse
Le dimanche 13 février 2005.

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PLAIDOYER POUR LES TOILETTES A COMPOST

Une installation de toilette à  compost peut se définir comme un système de recueil des déchets du métabolisme humain fonctionnant sans eau et permettant leur traitement par compostage.

1) MODALITES TECHNIQUES

Selon les conditions climatiques, socio-économiques, culturelles, une grande diversité de solutions apparaissent.
Distinguons tout de suite le système de recueil des déchets, élément central du dispositif, de son logement, qui est une affaire d’architecture. Voici quelques exemples concrets.

Toilettes à  compost mobiles, destinées à  une utilisation publique, le plus souvent en extérieur.
Un conteneur mobile (poubelle plastique de 70 litres, par exemple) reà§oit urine et matières fécales, ainsi qu’une litière organique absorbante, sciure de bois ou autre, rajoutée par l’utilisateur à  chaque visite. Il peut àªtre situé sous un plancher percé (modèle « à  la turque »), ou bien il porte un couvercle en bois percé et muni d’un abattant, et sert de siège en màªme temps que de réceptacle. Le conteneur plein, transportable, sera vidé sur une aire de compostage.
Cette toilette est logée dans des cabines démontables, ou bien derrière des parois légères adaptées.C’est là  un système non-séparatif (urine et matières fécales sont collectées ensemble), à  litière et conteneur. L’emploi de la litière garantit l’absence totale d’odeurs, et le conteneur permet de dissocier la toilette du lieu de compostage.

Toilette à  litière familiale.
Sur le màªme principe (non séparation et usage d’une litière) on peut aussi concevoir des toilettes à  poste fixe, à  l’intérieur d’un logement, avec un seau de 10 à  20 litres placé à  l’intérieur d’une menuiserie faisant siège. Ce n’est rien d’autre que l’antique pot de chambre, amélioré par l’usage de la litière.
On peut également les loger dans un coin de garage ou dans le jardin. Dans ce dernier cas, on peut envisager de se passer de conteneur en installant la toilette au dessus d’un volume maà§onné de 1 ou 2 m3, bà¢ti au dessus du sol naturel, o๠les matières commenceront à  composter avant la vidange, qui n’aura lieu qu’une fois par an environ.

Les deux modèles précédents -toilettes à  litière avec ou sans conteneur- n’ont rien de commun avec la latrine à  fosse, système traditionnel très répandu et toujours en usage dans beaucoup de pays. Il s’agit d’un plancher percé sur une fosse creusée et maà§onnée, étanche, qui reà§oit urine et matières fécales, sans litière. Quand la fosse est pleine, on la vidange au moyen d’une casserole munie d’un long manche, ou bien d’une pompe. Le produit de la vidange est épandu sur une surface agricole à  fertiliser. La macération prolongée des matières fécales dans l’urine, qui plus est sans litière, engendre des effluves puissants, qui rendent pénible l’usage et la vidange des toilettes et peuvent constituer une gàªne pour le voisinage. La consistance liquide du déchet empàªche de le faire composter en tas, ce qui oblige à  l’épandre tel quel, avec la nuisance olfactive qu’on subodore et les risques de ruissellement. Ce système ne mérite donc pas le nom de toilette à  compost, mais il faut lui reconnaà®tre de respecter la rivière et de recycler le déchet.

Toilettes à  compost africaines.
Un modèle intéressant, parmi beaucoup d’autres sans doute, en climat chaud et sec, et en pleine ville. C’est le modèle de toilettes traditionnel de la ville de Djenné, au Mali.
La ville est constituée de maisons en briques de terre crue, sans étage, aux toits plats en terrasse. A chaque maison est accolée une tour, assise sur la rue, surmontée du petit local des toilettes auquel on accède par le toit en terrasse. La tour est complètement fermée, à  l’exception d’un trou de quelques 15 cm de diamètre à  travers son plafond. Dans le local des toilettes, le sol nu est profilé de manière à  écarter les urines, qui sont évacuées vers le caniveau de la rue, alors que les matières fécales tombent à  travers le trou dans la tour qui est en fait un silo à  compost. Il n’est fait usage d’aucune litière, les matières fermentent seules dans le silo qui peut mettre 5 à  10 ans à  se remplir. On fait alors appel au maà§on, dont c’est aussi le travail. Celui-ci, depuis la rue et de nuit, ouvre à  la base du silo une trappe de vidange, scellée à  demeure, et dépose tout le contenu du silo dans un trou qu’il a creusé dans la rue. Il recouvre le dépà´t avec de la terre et referme la trappe. Après quelques mois supplémentaires de compostage, le trou dans la rue est ouvert, le compost parfaitement mûr qu’il contient est cédé au agriculteurs des faubourgs, quand il n’est pas utilisé par les maà§ons comme adjuvant pour les mortiers étanches des toitures en terrasse.
C’est un modèle de toilettes séparatives, sans litière, à  compostage sur place. Son point faible est sans doute l’évacuation des urines au caniveau.

D’innombrables variantes à  ces modèles existent ou ont existé. Ainsi, jusqu’au milieu du vingtième siècle dans nos villes européennes, le pot de chambre vidé dans la « tinette », citerne portée par une charrette à  cheval. Les déchets étaient compostés en banlieue pour donner la « poudrette », engrais organique recherché des jardiniers. On aurait tort de voir seulement dans ce système de collecte un vestige du passé, étant donné qu’il est, sous une forme grandement améliorée, de nouveau pratiqué dans des pays aussi différents que la Chine, le Mexique ou la Suède.

Dans le cas de la toilette à  litière, système le plus répandu en France à  l’heure actuelle, on cherche un matériau organique absorbant, autant que possible non pollué. Sciure ou copeau de bois non traité aux insecticides, paille broyée provenant d’une culture non raccourcie aux hormones (quoique peu absorbante), feuille morte broyée, ou encore du compost bien mûr parfaitement séché. Ce dernier aura l’avantage de permettre un compostage plus rapide qu’avec une litière à  base de bois. La seule règle impérative de compostage est de disposer le compost à  l’écart des cours d’eau, afin d’éviter toute pollution en cas de crue ou par ruissellement non contrà´lé, et de prévenir l’accès des animaux et des petits enfants. La technique de compostage proprement dite est au goût et au choix de chacun : de l’abandon pur et simple au compostage soigné, avec mélange calculé, humidité contrà´lée, retournements fréquents, etc. Le délai d’obtention du compost varie de quelques mois à  2 ou 3 ans. Il est propre à  tous usages, avec une restriction : s’abstenir d’épandre du compost de toilette trop jeune sur une culture de légumes à  consommer crus, trop peu de temps avant la récolte. Ceci pour éliminer le risque résiduel de contamination de la récolte par quelque pathogène.

Dans le cas d’une toilette séparative, l’urine peut-àªtre recueillie en fond de conteneur, après contact avec les matières fécales, ou bien dérivée à  la source, grà¢ce à  un siège ou plateau séparateur. Dans le premier cas, son utilisation comme engrais requiert quelques précautions (stockage prolongé, éventuellement restrictions d’épandage), dans le deuxième cas l’urine est bactériologiquement stérile et libre de pathogène, et peut àªtre utilisée facilement comme engrais liquide riche en azote.

2) COMPOST ET FERTILITE DES SOLS

La théorie classique de la fertilisation dit que le champ exporte ses nutriments (azote, phosphore, potasse, etc.) inclus dans les récoltes, et que pour le maintenir en état il faut les lui rendre. Cette restitution se fait ordinairement avec de l’azote obtenu par synthèse industrielle, et des produits miniers ou des déchets de l‘industrie pour les autres nutriments. Or selon cette théorie, l’homme qui récupère ses déchets et les rend au champ boucle le cycle des nutriments et dispense l’agriculture de tout recours à  des engrais achetés.
Cependant cette théorie comptable qui assimile le sol à  un tiroir-caisse n’a qu’un rapport lointain avec la réalité.
Pour ce qui est de l’azote, il est extràªmement abondant dans l’atmosphère (80 000 tonnes au dessus de chaque hectare de terre). Il entre et sort des systèmes sol-culture par des voies multiples : apports de l’agriculteur et récoltes, mais aussi lessivage, et surtout fixation et dénitrification bactérienne. Dans les sols en bon état et dans les systèmes de production écologiquement sensés, il est possible d’exporter durablement du sol beaucoup plus d’azote qu’on ne lui en rend, en stimulant la pompe bactérienne fixatrice, de sorte que le raisonnement comptable précédent le concerne peu.
Les autres nutriments sont présents dans tous les sols ou presque en quantités énormes par rapport aux exportations d’une récolte. Le problème est de maintenir ces nutriments sous des formes suffisamment solubles pour àªtre accessibles aux plantes. C’est là  tout l’aspect biologique de la fertilité, car ce sont les àªtres vivants du sol qui assurent cette fonction de maintien des nutriments sous des formes accessibles, au prix d’une consommation d’énergie sous la forme de carbone organique prélevé dans le sol, oxydé par respiration, et rendu à  l’atmosphère sous forme de gaz carbonique. Ce carbone est prélevé soit sur l’humus stable, qui devra àªtre renouvelé, soit sur la matière organique fraà®che apportée récemment dans le sol. Faute de ce travail permanent, les nutriments retournent vers des formes de plus en plus insolubles, et le sol rétrograde vers la roche mère d’origine.
Dans les milieux naturels, cette matière organique est fournie en continu par la végétation spontanée, les animaux n’ayant qu’un rà´le relativement marginal de prédigestion de cette matière avant sa décomposition par les microbes. Dans ces milieux, la fertilité résulte du cercle vertueux qui s’établit entre la végétation, qui pourvoit le sol en humus, et le sol bonifié par l’humus, qui permet une végétation plus abondante. Dans un climat donné, les milieux naturels parviennent ainsi spontanément à  un niveau de productivité (exprimée en quantité de matière sèche produite à  l’hectare) équivalent à  celui des meilleures récoltes.
Dans les systèmes agricoles, le cycle est perturbé par les déplacements de matière (récoltes, fumiers...), et surtout par le travail du sol. Mais là  comme ailleurs, le carbone est la clef de la fertilité des sols, les engrais minéraux n’ayant qu’un effet fugace, et un rà´le réel de correcteurs des carences induites par la pratique agricole elle-màªme.
Tout retour de matière organique au sol est donc un bénéfice pour celui-ci, et au-delà  pour la vie qu’il fera naà®tre. Ainsi le principe de restitution s’applique bien, non tant aux nutriments, sauf cas particulier, qu’au carbone, source de toute vie dans le sol. Remarquons pour finir ceci : en rendant au sol notre fumier, nous lui donnons l’énergie dont il a besoin pour vivre, nous lui rendons en màªme temps tous les éléments minéraux que la récolte lui a pris.

3) ASSAINISSEMENT ET POLLUTION DE L’EAU

Notre déchet de toilette est un fumier comme un autre (matière fécale + urine + éventuellement litière), sa destination naturelle est le retour au sol.
Sa composition brute est la suivante : humidité + matière organique + contaminants, ces derniers pouvant àªtre biologiques ou artificiels.

La matière organique.
La matière organique (carbone + hydrogène + oxygène + sels minéraux) est toujours une ressource pour le sol, et toujours, sauf apportée en quantité infime, une pollution pour l’eau.
Le destin inéluctable de toute matière organique est la décomposition, série de réactions biochimiques qui font retourner tous ses composants à  l’état de gaz carbonique, eau libre, sels minéraux libres. La voie la plus commune, celle de la destruction par l’oxygène, est dite aérobie, elle se produit spontanément en présence d’air. C’est elle qui est à  l’œuvre, de la faà§on la plus brutale qui soit, dans le feu (combustion), mais aussi dans le processus de dégradation enzymatique que la vie entretient dans les sols et dans les composts. Il faut noter que ce phénomène de destruction est un processus vital de premier ordre, ni plus ni moins que la respiration, source de toute énergie pour tous les animaux ainsi que pour la grande majorité des microbes décomposeurs. Mais il existe une autre voie, que la matière organique emprunte automatiquement en l’absence d’oxygène, qui est la voie de la réduction par l’hydrogène, dite anaérobie. Seuls quelques microorganismes spécialisés sont à  màªme de mener à  bien ce processus, aucun animal ne pouvant y prendre part. Au lieu de gaz carbonique, le carbone est libéré sous forme de méthane, caractérisé par son très fort pouvoir de contribution à  l’effet de serre. Au lieu de gaz oxydés anodins et inodores, se dégagent des gaz réduits, nauséabonds et polluants, dont on se fait facilement une idée en mettant le nez dans une fosse septique.
Dans l’eau de la rivière se trouve de l’oxygène à  l’état dissous, mais peu, et difficilement renouvelable, sa dissolution dans l’eau depuis l’air étant un phénomène lent. Sità´t qu’il s’y trouve un peu trop de matière organique fermentescible, l’oxygène disponible est consommé pour sa dégradation à  un rythme supérieur à  son renouvellement : c’est l’asphyxie à  brève échéance, les animaux aquatiques en étant les premières victimes.
En se décomposant, la matière organique libère les minéraux, qui représentent de l’ordre de 2 ou 3 % du poids sec de la matière vivante. Au premier rang, l’azote, suivi par le phosphore. Ces substances solubles ne sont pas retenues par les filtres, l’élimination de l’azote en station d’épuration est un objectif difficile à  atteindre, et au niveau des usines de potabilisation, la dénitrification ne peut se faire que dans des réacteurs bactériens qui coûtent cher. Dans la rivière, azote et phosphore permettent la croissance des algues, ce que l’on peut voir comme un processus d’autoépuration (la teneur en azote et phosphore libre diminue). Mais à  la mort de ces algues, se posent les màªmes problèmes d’asphyxie qu’avec toute autre matière organique, et l’azote et le phosphore sont de nouveau libérés. Le cycle se poursuit jusque dans l’océan, o๠ces minéraux sont responsables de la stérilisation de vastes surfaces de fonds marins. - Les contaminants biologiques.
Il s’agit d’agents pathogènes naturels, parasites intestinaux, protozoaires, bactéries et champignons, virus.
Les protozoaires peuvent àªtre des Giardia, des Cryptosporidium. Ils provoquent des diarrhées régressant généralement spontanément dans un délai de 1 mois, mais sont plus dangereux (parfois mortels) pour les personnes immuno-déprimées.
Les bactéries fécales dangereuses pour l’homme peuvent appartenir aux genres Salmonella, Campylobacter, Escherichia, Listeria, Yersinia. Selon leur genre, elles peuvent provoquer des gastro-entérites, septicémies, méningites, avortements.
Les virus, quand à  eux (noro, astro, rota, enterovirus...), déterminent des gastro-entérites, mais aussi des troubles respiratoires, des méningites, ou encore l’hépatite A.
Les protozoaires cités et certaines de ces bactéries peuvent provenir de l’appareil digestif d’animaux (sauvages, d’élevage ou familiers selon le cas).
Ce tableau -non exhaustif- correspond aux climats tempérés. Il est nettement plus fourni dans les régions tropicales.
Au cours du compostage se succèdent des générations de petits animaux et de microbes décomposeurs, qui vivent aux dépends les uns des autres, et réduisent à  néant les populations de pathogènes. Les plus résistants peuvent subsister quelques mois dans les composts, auquel cas leur élimination s’achève dans le sol, après l’épandage. Entre temps, leur pouvoir de contamination envers les humains est nul, sauf erreur grossière comme d’épandre du compost frais sur des légumes à  consommer crus trop peu de temps avant la récolte, et surtout sauf contamination de l’eau.
Par contre, pour tous ces microbes, l’eau est le vecteur idéal, à  la fois disséminant et contaminant (par la boisson, la cuisine, la toilette, la baignade...).C’est également un très bon milieu de conservation pour eux : la température y est plutà´t basse, l’oxygène rare, les bactéries qui seraient capables de s’attaquer à  eux manquent de supports physiques pour fonctionner. Les stations d’épuration classiques n’éliminent pas ces germes, elles ne font qu’en réduire plus ou moins le nombre.
L’eau potable des réseaux d’adduction n’est pas fiable, les procédés de traitement ne sont pas efficaces à  100%, les normes de contamination sont assez fréquemment dépassées et, normes respectées ou pas, cette eau est reconnue comme la cause de multiples contaminations. Quand à  l’arrosage des cultures légumières, pour l’heure la surveillance est quasi nulle, et le traitement systématique de l’eau d’irrigation économiquement inenvisageable.
La potabilisation de l’eau de rivière est un casse-tàªte. Pour une part, c’est un problème insoluble : màªme avec une eau de bonne qualité au départ, on ne peut garantir l’absence de germes microbiens à  l’arrivée, au robinet, qu’en maintenant une pression chimique permanente, faute de quoi les microbes profitent de l’ambiance favorable de kilomètres de tuyauterie pour proliférer. Le désinfectant le plus utilisé dans ce but est le chlore, mais il se conjugue aux matières organiques présentes dans l’eau pour donner des molécules organo-chlorées (SPCD, sous-produits chlorés de désinfection) suspectées de provoquer des cancers de la vessie, de l’appareil digestif, et de graves troubles de la reproduction (avortements, malformations congénitales, etc.). Il y a d’autres moyens pour détruire les pathogènes dans l’eau, mais moins efficaces et tout aussi sujets à  caution. Les responsables de la qualité de l’eau se défendent des critiques en expliquant que la chloration évite beaucoup plus de maladies qu’elle n’en provoque, ce qu’on veut bien entendre, mais pourquoi faudrait-il se résigner à  choisir entre la peste et le choléra ?
Le problème du chlore est éclairant. D’un cà´té, il révèle le vice de conception originel : l’eau n’est pas faite pour séjourner dans des tuyaux, en tout cas pas l’eau potable. De l’autre, il montre l’absurdité du dispositif tout à  l’égout-adduction d’eau. En effet, on chlore beaucoup plus les eaux de rivières que souterraines, parce que, du fait du tout à  l’égout, elles contiennent beaucoup plus de germes pathogènes. Or, toujours à  cause du tout à  l’égout, elles contiennent également beaucoup plus de matière organique, laquelle d’une part protège les germes du chlore (il faut donc augmenter les doses), et de l’autre réagit avec le chlore pour donner les SPCD.

- Les contaminants artificiels.
Ce sont des molécules de synthèse comme les médicaments allopathiques et les hormones, contraceptives et autres, ainsi que les résidus de pesticides ou autres toxiques présents dans l’alimentation.
N’étant pas reconnues par les enzymes des àªtres vivants, ces molécules sont par nature particulièrement difficiles à  dégrader. Certains pesticides ont par exemple une demie-vie (temps qu’il faut pour que leur concentration baisse de moitié) dans les sols de plusieurs dizaines d’années. Dans l’eau, ces poisons poursuivent impunément une longue carrière de destruction, provoquant des dégà¢ts chez tous les àªtre vivants avec lesquels ils entrent en contact, y compris chez les buveurs d’eau du robinet, quand celle-ci est pompée en rivière. Molécules solubles le plus souvent de petite dimension, elles passent à  travers la plupart des filtres.
A supposer qu’elles soient éliminées de l’eau potable, ce qui est bien loin d’àªtre toujours le cas, leur présence dans la rivière est inacceptable, autant que leur accumulation dans l’océan. Alors que le sol, màªme s’il lui faut le temps, en assure gratuitement la destruction, dans de bonnes conditions de sécurité, la migration de ces substances dans les récoltes étant globalement très faible.

Les systèmes d’assainissement autonomes, en général fosse septique avec épandage souterrain, ont le tort d’empàªcher le recyclage des déchets. Ils engendrent très fréquemment une pollution des nappes phréatiques, mais, sauf cas particulier, d’une intensité bien moindre que la pollution massive des rivières par le tout à  l’égout.

4) RECONNAITRE L’EVIDENCE

Le « projet » du couple sol-végétation est l’enrichissement continu, par accumulation de matière organique vivante et d’humus, jusqu’à  un point d’équilibre o๠la végétation, et par suite la vie, expriment pleinement leur potentiel. Le sol « mange » et « digère » la matière organique comme un animal, ce n’est pas un àªtre vivant mais indiscutablement un milieu vivant, la matière organique est à  la fois son unique et indispensable ressource énergétique et, sous la forme d’humus, la charpente biochimique conditionnant sa stabilité et sa fertilité.

L’idéal de l’eau est la pureté, la limpidité, l’ascèse.
L’eau pauvre en matière organique est riche en oxygène. Les rares sels minéraux qui peuvent s’y trouver sont vite convertis en plancton, lui-màªme rapidement consommé par les animaux, poissons, insectes, crustacés, dont les excréments sédimentent facilement. Une fois sédimentées, les matières organiques sont lentement dégradées soit en CO2, soit en CH4, selon l’ambiance sur le fond. Les minéraux libérés ont tendance à  précipiter, et donc à  rester au fond. Sinon, ils sont évacués petit à  petit vers l’océan.
L’eau manifeste ainsi sa capacité d’autoépuration, sa tendance spontanée à  la pureté.
L’eau riche en matière organique, bien mal qualifiée d’eutrophe (« celle qui se porte bien »), est une eau malsaine. Sa couleur verte traduit la croissance des algues. Que la température monte un peu, elle épuise rapidement son oxygène, bascule dans l’anaérobiose. L’alcalinité augmente brutalement, des substances relativement anodines (NH4, NO2) prennent des formes violemment toxiques. Ce phénomène révèle une autre loi : en présence de matière organique, l’eau est un milieu éminemment instable.

Tout en prétendant régler ce qui n’est qu’un faux problème, la toilette à  chasse d’eau en crée un vrai, aussi grave qu’insoluble.
Par conséquent, c’est au sol que nous devons les déchets de notre métabolisme. Organiser ce retour au sol et le généraliser à  l’ensemble des sociétés humaines est parfaitement à  notre portée. La première raison de le faire est sanitaire : le tout à  l’égout est un procédé profondément antihygiénique. Cette réalité est moins évidente dans les climats tempérés humides et dans les économies opulentes, elle saute aux yeux partout ailleurs. La deuxième raison est agroéconomique : notre sécurité alimentaire à  long terme ne se conà§oit que dans l’autonomie énergétique de l’agriculture et dans le recyclage complet de tous ses produits.

Le temps o๠les saumons frayaient dans tous les torrents, o๠le moindre ruisseau grouillait d’écrevisses, o๠les enfants se baignaient librement dans toutes les rivières est révolu. Il reviendra le jour o๠nous auront reconnu ces règles élémentaires de respect.

Pierre Besse, le 15/02/05.


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