La gestion sanitaire de l’urine et des fèces Le lundi 21 février 2005.

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La gestion sanitaire de l’urine et des fèces

Commentaires croisés sur des extraits de : 2004-1 Guidelines on the Safe Use of Urine and Faeces in Ecological Sanitation Systems. Schà¶nning and Stenstrà¶m. 38 p. (PDF 2.46 MB)"Recommandations pour une utilisation sûre de l’urine et des fèces dans les systèmes d’assainissement écologiques", qu’on peut télécharger sur : http://www.ecosanres.org/news-publications.htm

En gras, la traduction du texte d’origine, Catherine Reymonet, Pierre Besse.

-Risques de transmission de maladies par l’urine : Le principal risque de transmission de maladie par la manipulation et l’utilisation de l’urine humaine est lié à  la contamination croisée de l’urine par les fèces (dans le dispositif de séparation) et non à  l’urine elle-màªme.

PB : C’est les suédois, ils sont pour la séparation de l’urine, et ils préfèrent la déshydratation au compostage.

CR : et quid des infections urinaires ? rares, elles existent quand màªme, pourquoi se focalise-t-on tant (tontaine tonton) sur le péril fécal et si peu sur le risque de cystite ? à§a s’attrape comment, ce truc très désagréable ?

PB : Il peut se trouver des contaminants dans l’urine, mais rarement et globalement infiniment moins que dans les fèces, et presque exclusivement des bactéries, plus fragiles que les virus et helminthes dans l’environnement extérieur.

CR : personnellement, la séparation me perplexifie, d’autant plus que je lis vers la fin l’encadré suivant (que je vous remonte :)

Traitement chimique des fèces (urée, ammoniac) : Des produits chimiques pourraient àªtre ajoutés aux fèces dans le but d’éliminer les pathogènes. Les traitements de ce type sont principalement considérés comme une option de traitement secondaire pour les systèmes à  grande échelle, et il serait préférable de réserver à  du personnel formé la manipulation des produits chimiques.

PB : Les suédois (je les compte en bloc et je rajoute leurs collègues allemands, norvégiens, etc.) ont un point de vue qui découle de leurs traditions (toilette à  compost dans la « maison d’été » à  la campagne) et de leur travail partout dans le monde. Notre toilette à  litière n’est qu’un cas bien particulier de toilette sèche. Peut-àªtre qu’on pourrait distinguer :
-1) Le wc à  chasse d’eau
-2) La latrine à  fosse ancienne et ses modèles contemporains, en usage dans les « pays pauvres »
-3) Les systèmes écologiques, dont je ne sais plus trop si la bonne dénomination générale est « toilette à  compost » ou « toilette sèche » ou autre chose. J’ai pas analysé à  fond la terminologie des suédois, mais il parlent peu de « toilette à  compost ». Je pense que c’est pourtant ce nom là  qui correspond le mieux à  ce qu’on veut faire. La plupart des systèmes modernes en usage dans le monde sont des systèmes séparatifs, en tout cas c’est l’impression que j’ai. Ils ont des atouts : l’urine seule est relativement facile à  gérer, par infiltration ou réutilisation. Le volume restant est 5 à  8 fois moindre, tant que les fèces sont encore fraà®ches et humides. En séchant, elles peuvent perdre encore les 4/5eme de leur poids. En compostant, elles en perdent facilement de nouveau la moitié, éventuellement plus. Donc le conteneur à  une autonomie bien plus grande, on ne manipule plus ou presque de déchet frais.

CR : si je ne m’abuse, il y a dans les urines... de l’urée et de l’ammoniac, non ? Alors pourquoi manipuler, séparer, pour rajouter des trucs chimiques qu’on pisse nous màªmes très bien et sans efforts ? Pour moi (mais ai-je vraiment tout compris, moi qui utilise encore au quotidien des WC pleins d’eaux ?) "nos" tà c à  litière présentent l’immense avantage d’unir deux produits qui s’ennuient tous seuls : l’urine qui n’est autre qu’un fertilisant essentiellement azoté et potentiellement polluant s’il est en excès, avec de la sciure ou des copeaux qui se compostent très mal tous seuls et dont les menuiseries et autres scieries ne savent que faire mais dont les sols ont cruellement besoin
Ainsi, avec deux machins dont on ne sait que faire, on fait du compost dont on sait que faire le problème majeur, à  mon sens, étant d’améliorer les techniques de compostage pour rendre le produit sain pour l’environnement et le-s manipulateur-s

PB : Le traitement chimique auquel font référence les suédois s’applique sur des fèces séparées de l’urine et plus ou moins déshydratées ou compostées. Il a pour but de relever le pH au dessus de 9, de manière à  détruire un grand nombre de pathogènes qui ne supportent pas cette alcalinité, surtout conjuguée à  un faible taux d’humidité. Je n’ai pas mesuré le pH dans le contenu de ma toilette à  litière, c’est un truc à  faire, dans la toilette il est alcalin, c’est sûr, mais dès que le matériau est mis dehors à  composter, le pH descend rapidement vers la neutralité, c’est à  peu près sûr. Le fait de garder ensemble l’urine et les fèces n’a pas beaucoup d’importance, pour moi la question c’est de choisir le plus commode à  gérer. Pour mon propre usage personnel, j’ai une toilette à  litière qui me satisfait, mais j’ai de plus en plus envie de m’équiper d’un système séparatif avec compostage sur place des fèces. Comme à§a, plus de vidange à  faire, si je suis pas là , personne n’est obligé de s’y coller, plus besoin de sciure, ou sans doute nettement moins, et le compost composte en moins de 5 ans ! Mais à§a suppose de construire un minimum le bazar.
Parce que si la toilette à  litière à  un avantage, à  mon avis énorme, c’est qu’elle se contente d’un seau en plastique pour tout équipement.

La technique de compostage à  améliorer, j’y crois pas trop. A mon avis, y a rien à  améliorer, à§a marche parfaitement comme à§a, c’est juste d’avoir un minimum de connaissance et d’expérience de cette chose vivante qu’est le compost. Pour moi, c’est une base culturelle élémentaire qui fait presque totalement défaut chez nos contemporains.

La sciure et les copeaux peuvent très bien se débrouiller tout seuls et faire une fin honorable, comme combustible pour le chauffage, comme litière pour les animaux d’élevage ou directement comme amendement pour les sols.

-Le stockage de l’urine : Le stockage à  température ambiante est considéré comme une option de traitement valide pour l’urine. La durée recommandée de stockage entre 4 et 20°C est de un à  six mois pour les systèmes à  grande échelle (collectifs), en fonction du type de culture à  fertiliser. A l’échelle familiale, l’urine peut àªtre appliquée sur toute culture sans stockage pourvu que soit respecté un délai de un mois entre l’application et la récolte si la contamination croisée est évitée. La dilution de l’urine devrait àªtre évitée.

CR : encore une question à  la con (mais si je la pose pas, qui le fera ?) : quelle différence - dans la composition chimique et les risques pour les nappes phréatiques si excès - y a-t-il entre l’urine et le truc qui nous a pété à  la figure le 21 septembre 2001 ? (l’usine AZF à  Toulouse, ndlr)

PB : La composition chimique précise de l’urine, c’est de l’eau avec de l’urée (NH2-CO-NH2) et de l’ammoniac (NH3) dissous, avec en plus du phosphore et un peu de potasse. Le truc qui a pété le 21/11/01 était de l’ammonitrate, mélange moitié-moitié de nitrate (NO3) et d’ammoniac, qui est l’explosif de base, civil comme militaire. L’urine n’est pas susceptible d’exploser (ouf !).
La pollution des eaux souterraines par les nitrates résulte bien sûr quelque peu d’abus, mais c’est surtout la conséquence de pratiques agronomiques agressives pour les sols, dans l’ordre : premièrement le défaut de couverture végétale des sols (qui sont nus presque 6 mois sur douze dans la région), deuxièmement l’excès de labour (trop fréquent, trop profond), troisièmement le défaut de rotation de culture (particulièrement l’absence de prairies temporaires dans la rotation), quatrièmement le défaut d’entretien humique des sols (pas d’autres retour de matière organique que les pailles), cinquièmement l’empoisonnement des sols par les pesticides. Le retour à  l’agriculture de notre compost de toilette ne servira pas à  grand-chose sans une révolution économique et agronomique profonde. Et une fois cette révolution faite, les sols couverts en permanence s’entretiendront tout seuls et notre compost ne servira pas à  grand-chose non plus. C’est pourquoi je suis fondamentalement réservé sur l’utilité du retour au sol de nos excréments : c’est à  la fois indispensable et presque superflu.

-Le stockage des fèces : Le stockage est la forme la plus simple de traitement des fèces. L’inactivation des pathogènes est en général lente, et des temps de stockage allant de plusieurs mois pour la réduction des bactéries à  plusieurs années pour quelques helminthes sont requis pour obtenir un produit fertilisant sûr. Le simple stockage à  température ambiante, pH et humidité ordinaire n’est donc pas considéré comme une pratique sure sauf s’il dure plusieurs années (basé sur la réduction des helminthes du sol).
Par ailleurs, l’ajout de terre ou de sciure de bois après la défécation comme matériau de couverture ou de conditionnement devrait àªtre découragé. En association avec d’autres "barrières de sécurité", néanmoins, le stockage peut àªtre appliqué.

CR : pourquoi à§a leur plaà®t pas, de mélanger excréments et terre ou sciure ? dans la nature, est-ce que moult animaux ne font pas directement ou indirectement le mélange KK-terre et/ou KK-litière de feuille etc. ?

PB : Alors là  je sais pas trop, je crois qu’ils craignent que à§a ne ralentisse le rythme d’inactivation des pathogènes, ou que à§a complique. Il faut comprendre que la litière est indispensable dans le système de toilette à  litière, mais beaucoup moins, voire plus du tout dans les systèmes séparatifs.
Les suédois distinguent « stockage » et « compostage », ce qui est un peu artificiel, car rien ne peut empàªcher les matières fécales de composter en cours de stockage. Ceci dit, en Suède, avec des températures moyennes variant entre 4 et 20°C selon la saison, on peut imaginer que tout l’hiver, il se passe pas grand-chose dans les composts, et donc la notion de stockage peut s’appliquer.

-Le compostage des fèces : Le compostage à  chaud est un procédé biologique qui demande une certaine habileté pour bien fonctionner. Il faut avoir suffisamment de matériau de la bonne composition pour atteindre des températures assez hautes pour une inactivation efficace des pathogènes. Il est préférable de mettre en oeuvre le compostage comme traitement secondaire à  large échelle en veillant à  isoler le matériau et à  le contrà´ler pour s’assurer que des températures thermophiles (plus de 50°C) sont atteintes dans toutes les parties. Le compostage à  petite échelle à  des températures mésophiles demande à  àªtre davantage évalué.

Addition de cendres ou de chaux aux fèces : L’ajout de cendres ou de chaux pendant le traitement primaire des fèces est recommandé car il facilite l’inactivation des pathogènes et diminue le risque de transmission de maladies à  l’occasion de la manipulation et de la réutilisation du matériau. Il réduit aussi le risque d’odeurs et de mouches dans la toilette. Ces additifs peuvent influencer le choix de l’option de traitement secondaire. Une évaluation plus poussée est nécessaire pour déterminer les quantités et qualités d’additifs requis pour une réduction suffisante des pathogènes et leur influence sur le traitement secondaire.

Incinération des fèces : L’incinération des fèces permet d’obtenir un produit fertilisant exempt de pathogènes et pourrait avoir un potentiel comme traitement secondaire à  la fois à  grande et petite échelle. Les systèmes utilisant l’incinération n’ont pas encore été à  proprement parler développés et évalués.

CR : euh là , vous vous en doutez, je peux pas àªtre d’accord !

PB : Evidemment, l’incinération, je suis pas pour non plus. L’obsession des suédois, en tout cas dans ce document, c’est d’annuler le potentiel pathogène du déchet, dans toutes les régions du monde, et dans des systèmes souvent collectifs, o๠la question est beaucoup plus aiguà« que dans les systèmes familiaux (du fait des contaminations croisées dues au mélange de multiples sources, et éventuellement à  cause de la redistribution large du produit à  réutiliser). Il faut envisager aussi des conditions climatiques et sociales complètement différentes des nà´tres. J’imagine assez bien des bidonvilles dans des pays tropicaux o๠la filière « toilette séparative-déshydratation solaire-incinération dans des foyers fermés » serait une solution bienvenue, au moins temporairement.

Fondamentalement, je crois qu’on a intéràªt à  prendre connaissance de tout à§a, à§a nous permet de relativiser notre expérience et notre situation, et d’enrichir notre éventail de choix. L’option « séparation-déshydratation » privilégiée par les suédois se traduit dans nos climats plutà´t frais et humides par de la ventilation forcée, voire du chauffage électrique. Evidemment, on aime pas trop à§a, on peut penser qu’il vaut mieux réserver la déshydratation aux climats chauds et secs, et chez nous miser sur le compostage. Mais il est sûr qu’en ville, l’obtention rapide d’un produit déshydraté peut simplifier beaucoup les manipulations.

Pour conclure, faisons attention avant d’affirmer que notre compost est totalement inoffensif, n’oublions pas les précautions d’usage : protection individuelle pendant la manipulation de déchet frais, temps de compostage suffisant, surtout si le compost est fait à  froid, restriction à  l’épandage sur des surfaces très fréquentées (pelouses publiques...) et sur les cultures maraà®chères, respect de délai suffisant entre épandage et récolte. Une part importante de notre travail est la critique des systèmes basés sur l’eau, surtout le tout à  l’égout. Ce travail, que les « suédois » n’ont pas fait, nous donnera des arguments très lourds. Mais il ne nous dispensera pas de connaà®tre à  fond la qualité sanitaire de notre compost.


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